samedi 27 décembre 2014

Les rois maudits T1 : Le roi de fer



Couverture de Les Rois Maudits - Intégrale
Auteur : Maurice Druon
 
Plusieurs éditions très peu chères sont disponibles

Résumé

Au début du XIVe siècle s'ouvre, contre les Templiers, le plus vaste procès dont l'Histoire ait gardé le souvenir. Jacques de Molay, le grand-maître de l'Ordre, meurt sur le bûcher en lançant sa terrible malédiction contre le roi de France, le pape et les grands du royaume : « Maudits, tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! ». Dès lors, le malheur s'abat sur la France. Les quatre derniers Capétiens directs meurent en moins de quinze années : adultères, meurtres, procès, trahisons ébranlent la dynastie, et mènent à la guerre de Cent Ans.

 

Mon avis

Je n’ai pas pour habitude de faire des chroniques de mes lectures historiques car ce n'est pas l'endroit. En outre, j’ai une période favorite qui est le Haut Moyen-âge et le tout début de la Renaissance, aussi, je lis beaucoup de biographies concernant mes petits chouchous et je dois avouer que c’est assez rébarbatif si l’on n’est pas passionné le sujet. Bref, tout ça pour dire que ce n’est pas le sujet du blog et que je ne comptais pas parler de cette lecture mais au vu de la facilité de lecture, j’ai décidé que c’était le moment. Bien que je ne connaisse que très peu la dynastie capétienne (celle des Valois est plus mon domaine et mon époque), j’ai trouvé que Druon rendait l’Histoire des rois capétiens tout à fait accessible et compréhensible même quand on n’y connait strictement rien. Un véritable exploit car les dynasties sont tellement mélangées entre les mariages consanguins et les noms à rallonge dans lesquels les prénoms sont les mêmes et dont seuls les titres permettent de les différencier que l’on se perd très facilement.

En dépit de mon intérêt pour les Templiers, je ne me suis jamais intéressée à leur fin car elle les rendait trop humains et ce n’est pas ce que je recherche quand je fais des recherches sur les croisades. Qui a envie de s’imaginer un super guerrier mourant à cause d’un procès, enchainé et affamé ? Pas très épique comme fin… Pourtant, l’histoire débute par une malédiction prononcée par le Grand Maitre de l’Ordre, Jacques de Molay, lors de son exécution. La raison de la condamnation des Templiers, pourtant soutiens du pouvoir royal ? Philippe le Bel fait condamner les Templiers en les accusant d’être des hérétiques mais la raison officieuse est sa volonté de s’emparer de leur trésor pour renflouer les caisses du palais. Voilà le contexte alors que le livre débute. Mais, l’œuvre ne se centre pas uniquement sur Philippe car elle met au centre différents personnages qui gravitent autour du roi de France :

-          La fille de Philippe, Isabelle, est mariée au roi d’Angleterre et intrigue depuis Westminster avec son cousin pour faire tomber ses belles-sœurs qu’elle hait. Robert d’Artois l’y aide car leur mère, Mahaut, lui a enlevé ses terres, le destituant ainsi de son héritage royal.

-          Blanche, Jeanne et Marguerite sont les victimes des intrigues des cousins cités plus haut.

Ø  Jeanne et Blanche sont les filles de Mahaut de Bourgogne et sont mariées aux fils de Philippe le Bel et leur ont permis d’unifier le royaume et, accessoirement, de renflouer les caisses de la France. L’avantage pour elles ? Celui d’être un jour reines, ou au moins, de faire partie de sa famille proche.

Ø  Marguerite Navarre, cousine des sœurs, est mariée au dauphin de France et est destinée à devenir la reine de France.

Si Jeanne respecte son engagement matrimonial et ne prend pas d’amant, ce n'est pas le cas de sa jeune sœur et sa cousine, Marguerite.  Pourtant, elle les aide à organiser leur rendez-vous avec leurs amants, écuyers de leurs époux. Si l’on peut comprendre la raison de Marguerite de prendre amant, celle de Blanche est un véritable mystère…  

-          Enfin, une dernière intrigue d’amour mais aussi financière se développe grâce à Guccio, neveu du banquier florentin Tolemei qui s'éprend d'une jeune noble désargentée.

La multiplication de toutes ces intrigues permet de donner une coloration multiple à l’œuvre qui plait à tout le monde : de la raison d’Etat à la succession, en passant par une mystérieuse malédiction, les questions de vengeance se mêlent à celle plus douces des naissances de liaisons amoureuses ou plus amères du lien conjugal. Druon fait une peinture complète des relations suzerain/vassaux dans lesquelles rien n’est acquis. Il nous peint des nobles en lutte entre eux mais aussi contre leur prince et dont le seul but semble être de s’enrichir et d’obtenir une place de choix à la cour royale, voire même la place royale car même si les chutes sont nombreuses, la place est vite prise… Un véritable jeu de chaises musicales, un « game of thrones » réellement. De plus, Druon montre à merveille les déchirements du roi qui doit agir avant tout pour le bien du pays et non pour lui ou sa conscience et qui est prêt à tout pour assurer le bien-être de son royaume ; Isabelle, elle-aussi, connait les devoirs que le métier de régent impose et est consciente que cela signifie l’abandon de son propre bonheur . Pourtant, loin d’être politique et sombre, son œuvre est également humoristique en montrant des princes franchement idiots qui désolent leur père et en peignant une société superstitieuse qui prête attention au moindre détail. Les amateurs de sang seront également satisfaits car il y a des scènes de torture et les personnages vicieux ne manquent pas. La citation de la photo n’est absolument pas mensongère : j’ai eu l’impression de lire Game of Throne mais en version véridique me donnant ainsi des connaissances sur une époque que je connais peu. Peignant les débuts de la guerre de Cent ans, cette œuvre tout public ne manquera pas de séduire le plus grand nombre, j’en suis certaine, il ne reste plus qu’une chose à faire : lui laisser sa chance.

 

Extrait

«  - Le Pape que ns avions fait est maintenant à Dieu, murmura-t-il en tendant le parchemin à Marigny.

-          Quand a-t-il passé ?

-          Voilà 6 jours francs, répondit Marigny. Ds la nuit du 19 au 20.

-          Un mois après, dit le roi.

-          Oui , Sire, un mois après … dit Nogaret

Ils avaient fait, ensemble, le même calcul. Le 18 mars, au milieu de la nuit, le gd maître des Templiers leur avait crié : « Pape Clément, chevalier Guillaume, roi Philippe, avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu… ». Et voici que le 1er déjà était mort. […] Le monarque était d’une pâleur impressionnante, et il avait, ds sa longue robe royale, la raideur glacée des gisants »