jeudi 12 février 2015

Les Rois Maudits T2 : La Reine étranglée



 
 
 
 
Auteur : Maurice Druon
 
Plusieurs éditions très peu chères sont disponibles


Mon avis

Je vous avais déjà parlé du T1 de l’œuvre de Maurice Druon ( http://lecturesdunenuit.blogspot.fr/2014/12/les-rois-maudits-t1-le-roi-de-fer.html ) et je vous avais laissé entendre que je continuerai la série. C’est chose faite après cet achat du T2, bien plus court que le 1 mais tout aussi intense.

Alors que je ne m’attendais pas à revoir Marguerite et Blanche, j’ai eu la bonne surprise de découvrir qu’elles étaient toujours au centre de l’œuvre. La narration commence donc en nous les montrant dans leur prison, dans un état lamentable et au bord de la folie. Pourquoi continuer à nous montrer deux pauvres femmes adultérines enfermées à vie ? Parce que Philippe le Bel (leur beau-père) est mort. Vous connaissez tous la formule de sacrement typiquement francaise : « le roi est mort, vive le roi ». Et oui, Louis X a succédé à son père et Marguerite devient reine de France. Une reine qui a humilié son mari en public en le trompant avec son écuyer et qui est désormais en prison… Voilà qui ne simplifie pas les affaires de Louis X, véritable imbécile de son état. Déjà contesté pour ses capacités à régner, il est en plus sali par la réputation de sa femme et il veut à tout prix obtenir une annulation de mariage. Mais Marguerite rêve encore de sortir de sa prison et refuse de l’aider dans les démarches nécessaires. Pour ceux qui connaissent les Tudors, vous savez bien que l’annulation de mariage est longue et couteuse au souverain sans l’aide de la femme. C’est là que tout se lie : l’oncle de Louis, Charles de Valois, attendait la mort de son frère depuis qu’il était jeune et il ne compte pas se faire voler le trône par ce jeune idiot obsédé par son orgueil. Quant au cousin de Louis, Robert d’Artois, il voit l’occasion d’obtenir les faveurs du nouveau roi et de se venger de sa tante Mahaut. Robert et Charles s’allient donc pour obtenir cette annulation. Mais il y a toujours quelqu’un pour mettre les bâtons dans les roues à cette entreprise et qui souhaite maintenir sa main mise sur le pouvoir. Enguerrand de Marigny représente la petite noblesse mise au pouvoir par Philippe le Bel et qui a obtenu leur richesse par le travail mais désormais menacés directement par les aux hauts aristocrates qui siègent de droit auprès du roi et contre qui Valois a une dent particulière. La course à l’annulation est donc lancée et chaque partie fait ce qu’elle peut pour contrer l’autre. Mais, comme toujours, il n’y aura qu’un seul vainqueur… 

J’ai eu plaisir de retrouver celles que j’appelle les « princesses captives » car elles me sont les plus sympathiques, surtout Marguerite que j’admire pour sa force de caractère. Ma plus grande déception a été de ne pas retrouver Isabelle de France, fille de Philippe le Bel et mariée à un Plantagenet. Comme Marguerite, elle est dotée d’une force de caractère implacable et représente à merveille la malédiction qui touche la femme durant le Moyen-âge : consciente de ses capacités de souveraine mais limitée par son état de naissance. L’ironie est toujours aussi présente que dans le tome 1 et il y avait des passages où l’envie de rire me prenait à la gorge tant Louis était naïf, bête et, disons-le, inapte à régner. Les seuls passages qui m’ont parus un peu longs sont ceux qui traitent de Gucio et Marie car l’amour courtois n’est pas tellement mon truc. Heureusement, ces passages sont peu nombreux et l’histoire tourne principalement autour des « princesses captives » et de la course à l’annulation. Autre aspect que j’ai apprécié : pouvoir faire un rapprochement entre Henri VIII et Louis X, comme quoi les choses ne changent vraiment jamais… Bien que je n’aie pas fait suivre ma lecture du T2 immédiatement après le T1,  je n’ai pas été perdue car Maurice Druon fait en sorte que les choses soient claires tout en s’appuyant sur des fondements historiques. Je crois que c’est en cela que repose la force de son écriture : la capacité à raconter de manière passionnante et avec une écriture simple une intrigue véridique complexe.

 
Extrait

« Depuis le début de sa captivité, elle n’avait pas versé une seule larme, ni exprimé non plus une seule pensée de remords. Le chapelain, qui la confessait chaque semaine, était effrayé de la dureté de cette âme.

Pas un moment Marguerite n’avait consenti à se reconnaitre responsable de son malheur ; pas un moment elle n’avait admis que, lorsqu’on est petite fille de Saint Louis, fille du duc de Bourgogne, reine de Navarre et future reine de France, se faire la maitresse d’un écuyer constituait un jeu périlleux, répréhensible, qui pouvait coûter l’honneur et la liberté. Elle s’était fait justice d’avoir été mariée à un homme qu’elle n’aimait point.

Elle ne se reprochait pas d’’avoir joué ; elle haïssait ses adversaires ; c’était uniquement contre eux que se tournaient ses inutiles colères, contre sa belle-sœur d’Angleterre qui l’avait dénoncée, contre sa famille de Bourgogne qui ne l’avait point défendue, contre le royaume et ses lois, contre l’Eglise et ses commandements. Et quand elle rêvait de liberté, elle rêvait aussitôt de vengeance. »