vendredi 17 février 2017

Nina Volkovitch T1 – La Lignée

 
 
 
Auteur : Carole TREBOR
 
Prix : 15e
 
Edition : Ricochet  
Résumé
Envoyée à l’orphelinat de Karakievo parce que ses parents sont considérés comme des « ennemis du peuple », Nina Volkovitch a fait le serment de s’enfuir et de retrouver sa mère, emprisonnée dans un goulag de Sibérie. Mais comment s’enfuir d’un tel lieu quand on a quinze ans, et qu’on en paraît douze ? Ce qu’elle ne sait pas, c’est que sa mère a pris soin de dissimuler de précieux indices pour l’aider à s’échapper, mais aussi pour lui révéler les dons particuliers qu’elle possède sans le savoir. Car Nina est la descendante des Volkovitch, une illustre famille qui détient des pouvoirs aussi prodigieux que terrifiants. Et c’est elle, Nina, qui représente le dernier espoir face à un ennemi plus menaçant que la dictature soviétique…
Mon avis
L’une de mes amies ne faisait que me vanter cette série et j’ai donc décidée de la lire. Je dois dire que même si rien n’est exceptionnellement original, on adhère de manière irrémédiable à cette série. Carole TREBOR sait nous amener aux côtés de Nina et nous faire vivre ses tourments. Et quels tourments !
1948. Nina a 15 ans mais elle en parait 8 à cause des carences subies pendant la guerre. Si seulement ce n’était que des formes qu’il lui manquait, elle s’en remettrait. Malheureusement, il y a eu pire que la IIe Guerre Mondiale en URSS : le régime de Staline a été aussi répressif et meurtrier que celui d’Hitler. La pauvre Nina voit sa mère enfermée au goulag car celle-ci a refusé de procéder à la table rase culturelle ordonnée par « Le Petit Père des Peuples ». Nina se retrouve donc enfermée dans un orphelinat mais sa mère ne l’a pas oubliée et lui laisse des indices pour la retrouver mais aussi pour éclairer le passé de sa lignée.
A la croisée des genres, ce tome 1 introduit avec brio une quête à la fois tragique et fantastique tout en restant réaliste. Histoire tragique d’abord parce que TREBOR sait très bien nous dépeindre les drames de la guerre : les deuils successifs, les privations, la souffrance d’un peuple… Nina incarne ce peuple russe qui a subi la guerre et ses ravages que ce soit physiquement ou mentalement. Je ne vous cache pas que l’on voit dans le début un parallèle avec Jane Eyre dans le stéréotype de l’orpheline mais la ressemblance s’arrête là. TREBOR sait prendre exemple des classiques mais aussi s’en affranchir et c’est à ça que l’on reconnait la plume d’un bon romancier. Quête fantastique ensuite parce qu’au travers de sa volonté de retrouver sa mère, Nina va découvrir l’histoire de sa famille qu’elle était loin de pouvoir imaginer. Ses errances vont la mener au centre du système soviétique qui est loin d’être aussi exemplaire qu’il le dit. Le récit des aventures de Nina reste malgré tout réaliste et profondément touchant. Il faut dire aussi que l’auteure est historienne, donc le récit sait sonner vrai et redonner vie à cette URSS post-guerre. Et, cerise sur le gâteau dans Nina Volkovitch, il n’y a pas que des drames : des histoires d’amour et d’amitié se développent tout au long du récit et nous redonnent confiance dans le devenir de ce peuple russe. Les personnages secondaires se succèdent tout au long de l’œuvre mais nous gardons les yeux rivés sur la protagoniste qui grandit à vue d’œil. Franchement, Nina est un personnage que l’on ne peut qu’aimer : elle est lucide sur le système dont elle est victime, maligne, courageuse mais aussi terriblement humaine. Oui, elle a peur et n’a pas honte de la dire. Mais rien d’étonnant à ce que l’héroïne soit aussi réussie dans un livre où l’ambiance est si savamment étudiée.  On ne peut s’empêcher de penser au Sel de nos Larmes qui est tout aussi bouleversant.
 
En bref
Apprécié
Non-apprécié
-          L’héroïne qui évolue tout au long du texte en étant humaine et exemplaire
-          Une intrigue qui se complexifie au fil des pages
-          La narration historique à la fois réaliste et fantastique
-          Inspiration de la tradition des orphelins à la DICKENS ou BRONTE
 
 
Extrait
« Ma mère était laïque, elle détestait les orthodoxes, le mysticisme, l'intolérance du clergé. Pour elle, les hommes d'Eglise abêtissent les êtres humains de leur superstition pour mieux les asservir. Ils oublient de réfléchir par eux-mêmes et laissent aux religieux le pouvoir de décider ce qui est bien ou mal pour eux: "La religion est l'opium du peuple, m'avait-elle dit un jour. Ce n'est pas de moi, c'est de Karl Marx, un philosophe [...] »
 
A savoir
Si vous aimez le côté historique mêlé au drame mais sans overdose de larmes, je vous conseille Le Sel de nos larmes qui est dans la même veine que Nina Volkovitch : http://lecturesdunenuit.blogspot.fr/2016/08/le-sel-de-nos-larmes.html