samedi 11 février 2017

Marquer les Ombres T1

 
Auteur : Veronica ROTH
 
Prix : 18E
 
Edition : Nathan
Résumé
Dans une galaxie dominée par une fédération de neuf planètes, certains êtres possèdent un “don”, un pouvoir unique. Akos, de la pacifique nation de Thuvhé, et Cyra, soeur du tyran qui gouverne les Shotet, sont de ceux-là. Mais leurs dons les rendent, eux plus que tout autre, à la fois puissants et vulnérables.
Tout dans leurs origines les oppose. Les obstacles entre leurs peuples, entre leurs familles, sont dangereux et insurmontables. Pourtant, pour survivre, ils doivent s’aider – ou décider de se détruire.
 
Mon avis
Tout d’abord, je tiens à adresser tous mes remerciements aux éditions Nathan pour ce service de presse.
Ah Veronica ROTH ! A jamais dans mon cœur avec sa série Divergent et sa fin. Aussi, il était normal que je me précipite sur son nouveau petit bébé qui est tout aussi génial que Divergent mais dans un registre assez différent. Ne me demandez pas quelle série j’ai préféré, je ne saurai pas le dire. Nous sommes toujours dans un futur dystopique où le continent est divisé en 4 peuples dont 2 sont des antithèses : les Shotet et les Thuvhé.
Cyra est la princesse du royaume de Shotet et représente bien ce peuple guerrier qui écrase les 3 autres autres nations du continent mais tous deux sont dominés par Ryzeck. Sous ses ordres, Cyra est une arme redoutable grâce à son don qui lui permet de faire souffrir la personne qu’elle touche. Pourtant malgré sa toute puissance, Ryzeck craint lui aussi quelque chose : une prophétie selon laquelle un fils Kereseth le tuerait. Aussi, il a décidé de contrer le destin et de kidnapper les enfants de cette famille.
Selon les oracles, le destin d’Akos Kereseth est de mourir en servant son ennemi. Kidnappé par Ryzeck et résigné à son sort, il est entrainé à devenir un soldat shotet mais la manifestation de son sort le fait entrer au service de Cyra. En neutralisant les dons, il la soulage des douleurs dont elle est constamment victime. Mais Akos n’a jamais oublié son pays, sa famille laissée à Thuvhé et le danger que court son frère en restant si près de Ryzeck, gagnés par la folie. Il est l’heure d’agir pour Akos, peu importe ses sentiments ou son destin.
Avec ce long résumé, ceux qui ont lu Divergent reconnaitront des éléments phare : la notion de destinée, les peuples divisés en grandes catégories, une héroïne guerrière, des relations frères/sœurs difficiles… Il y en a également d’autres que l’on redécouvre avec plaisir au fil de la lecture et qui sont plus subtils : la volonté de marquer sa peau, les relations houleuses ou fusionnelles entre une mère et son enfant, une révolte menée contre un système… ROTH maîtrise tous ces thèmes et a bien raison de les exploiter au maximum. Se rajoute quand même des petits éléments très spécifiques à Marquer les Ombres. Tout d’abord, l’ambiance du roman est issue de la science-fiction mais elle ressemble à s’y méprendre à celle d’un roman historique avec les clans qui tournent autour de Ryzeck pour le séduire, les manigances, les trahisons et les intimidations incessantes. Il incarne le mauvais roi terrifié par la mort et qui ne sait que prendre des décisions cruelles et injustes créant ainsi une tension et une révolte qui doit se cacher. Cyra doit évoluer dans cet environnement et a dû apprendre à se montrer aussi implacable qu’un glaçon pour se faire respecter au milieu de ces serpents. Autre atout vis-à-vis de Divergent, c’est l’inversion des rôles : Akos est assez inoffensif et plein d’illusions en arrivant au service de Cyra mais avec son aide, il arrive à se rendre aussi combatif que la princesse qu'il doit aider. On a donc un certain héritage du roman de chevalerie mais il est détourné : Cyra n’est pas la princesse sans défense et c’est elle qui est une aide indispensable à la quête d’Akos. Et au moins, elle est bien moins énervante que Tris : elle sait ce qu’elle veut, accepte son destin et fait preuve d’abnégation pour s’imposer. On sent que l’auteure a mûri et cela se ressent dans son écriture, les thèmes qu’elle aborde et l’évolution de son héroïne. Alors oui, l’ambiance est réussie, l’histoire d’amour touchante, les héros admirables mais là où le roman acquiert sa profondeur c’est en posant continuellement la question de la destinée. Y-a-t-il vraiment un destin qui orchestre la vie de nos protagonistes ? J’espère que le T2 sera là pour y répondre ;)
 
En bref
Apprécié
Non-apprécié
-          Ambiance divisée entre un héritage historique fait de complots et de SF avec un univers inventé
-          Des personnages bien travaillés et attachants qui personnalisent l’intrigue
-          La réactualisation du roman de chevalerie
-          L’interrogation sur les prophéties
 
 
Extrait
« Le lendemain, je me réveillai lorsque le calmant cessa d’agir, juste après le lever du soleil, alors que la lumière était encore pâle. Je sortis du lit comme je le faisais toujours, par à-coups, en m’arrêtant pour reprendre mon souffle telle une vieille femme. J’enfilai ma tenue d’entraînement, en tissu synthétique de Tepes, léger et flottant. Personne ne savait conserver la fraîcheur du corps comme les Tepesit, dont la planète était si brûlante que nul n’en avait jamais foulé le sol pieds nus. Je tressai mes cheveux le front appuyé contre un mur de ma chambre, les yeux fermés, en tâtonnant pour saisir chaque mèche. Je ne brossais plus mes épais cheveux bruns, du moins plus comme lorsque j’étais enfant, méticuleusement, dans l’espoir que la brosse les amadouerait pour former des boucles parfaites. La douleur m’avait volé ces petits plaisirs. Quand j’eus fini, je pris une petite lame-flux – éteinte, pour éviter que les vrilles noires du flux ne s’enroulent autour du métal affûté –, et me rendis dans le petit cabinet d’apothicaire au bout du couloir, là où Akos avait installé son lit. Je me penchai sur lui et appuyai la lame sur sa gorge.
Ses yeux s’ouvrirent, puis s’agrandirent. Il se débattit, avant de s’immobiliser lorsque j’augmentai la pression sur sa peau. Je lui décochai un sourire goguenard.
 – Vous êtes folle ? me dit-il d’une voix encore enrouée par le sommeil.
– Bien sûr ! répondis-je gaiement. Tu as dû entendre les rumeurs ! Mais j’ai une autre question, plus importante : Toi, es-tu fou ? Tu es là, à dormir à poings fermés sans même avoir pris soin de te barricader, alors que l’un de tes ennemis loge au bout du couloir ? Si ce n’est pas de la folie, c’est de la bêtise. Je te laisse choisir. Il plia vivement la jambe pour me frapper le flanc. Je parai avec le coude et pointai la lame sur son ventre.
– Tu avais déjà perdu avant de te réveiller, signalai-je. Première leçon : le meilleur moyen de gagner un combat est de l’éviter. Si ton ennemi a le sommeil lourd, tranche-lui la gorge pendant qu’il dort. S’il a bon cœur, fais appel à sa compassion. S’il a soif, verse du poison dans son verre. Tu me suis ?
– En résumé, jette ton honneur par la fenêtre.
– Ah, l’honneur, ricanai-je. Celui qui veut survivre doit oublier l’honneur.
Cette citation, extraite d’un livre ogran – traduit en shotet, bien sûr ; personne ne lisait l’ogran –, parut chasser toute trace de sommeil de son regard plus efficacement que ne l’avait fait mon attaque.
 – Maintenant, lève-toi. Je me redressai, glissai la lame dans ma ceinture et quittai la pièce pour le laisser se changer. »
 
A savoir
Armons-nous de patience pour la sortie du tome 2 : pas de titre, date ou résumé en anglais…