dimanche 25 octobre 2015

Celle qui sentait venir l’orage


Couverture de Celle qui sentait venir l'orage

Auteur : Yves Grevet

Prix : 17E

Edition : Syros
Résumé
1897, au nord-est de l'Italie. Frida, une adolescente de quinze ans, fuit sa région natale en diligence. Ses parents, qu'on accuse de crimes odieux, ont été pendus deux jours plus tôt. La foule réclame à présent la tête de celle qu'on surnomme "la fille des démons". Frida espère pouvoir trouver refuge dans la demeure du docteur Grüber, à Bologne, un médecin réputé qui semble fasciné par son cas.

Mon avis
Nos auteurs ont du talent mais je déplore de le dire si peu souvent. C’est ma faute d’ailleurs, je suis toujours plus attirée par les livres américains que les parutions françaises. Moins de promo, moins de place en librairie et donc moins de lecteurs. Heureusement, pour moi, il y a mes deux adorables libraires qui me conseillent et me font découvrir ces auteurs français si talentueux. Je leur doit mon coup de cœur pour Les Fiancés de l’Hiver, par exemple. Même si pour ce livre, je n’ai pas eu un véritable coup de cœur, je dois dire que j’en ai été très enchantée alors que ce n’est absolument pas mon genre de lecture habituel : fuite, médecine de la toute fin du siècle, enquêtes… Et pourtant, j’ai accroché ! D’un côté, comment ne pas le faire avec une plume pareille ?
1897 et pourtant, à Commacchio, on se croirait revenu au Moyen-âge. Frida et ses parents vivent dans les marécages à l’extérieur de la ville parce que son père est considéré comme un meurtrier voire même un démon. Exclus de la société, ils vivent reclus bien que détesté jusqu’au jour où des voyageurs qui passaient dans ces marais disparaissent. Une enquête est ouverte et vite bouclée : ils seront pendus. Frida, grâce à son amie, fuit la ville et se réfugie chez une connaissance d’Isabella. Or, le docteur Grüber semble manifester une fascination malsaine pour Frida.
Le récit démarre immédiatement : Frida est en fuite dans une voiture et craint de se faire démasquer. Au fil et à mesure du voyage, elle se remémore son enfance et divers épisodes qui ont marqués son adolescence. Cette partie, et la seconde, qui narre le séjour chez le docteur Grüber m’ont réellement enchantées. J’étais fascinée et entièrement plongée dans le récit des aventures de Frida. Je compatissais à ses malheurs, j’avais peur pour elle, j’étais intriguée par les cachotteries du docteur. Bref, osmose avec Frida ! Puis est venue la dernière partie, un peu moins passionnante parce que centrée sur la résolution de l’enquête. On comprend très vite le pourquoi du comment et, mis à part, le petit épisode qui a tout déclenché (on pourrait refaire le monde avec des « et si »), je trouve que cette dernière partie n’aurait pas dû être autant développée. Pour autant, cela demeurera mon seul reproche ; assez minime, reconnaissons-le. Parce qu’Yves Grevet n’est pas un auteur amateur et cela se sent : on s’attache immédiatement à Frida et on ressent ses émotions, son intrigue est prenante et son cadre travaillé. Entre frisson, révolte et attachement, le lecteur est aussi balloté qu’elle dans ses aventures. Et jusqu’à la dernière ligne, on est en communion avec la protagoniste. Grevet est même parvenu à me faire ressentir de la nostalgie quand j’ai refermé le livre alors qu’il ne s’agissait pas d’une série que je suivais de longue date ! Preuve de la force d’attachement que l’auteur est capable de créer. Sans compter que les thèmes abordés, outre de faire froid dans le dos, nous sont assez contemporains et montrent les dérives de ce genre de propos. Enfin un roman jeunesse qui ne se contente pas de surfer sur une vague quelconque mais qui captive son lecteur et qui est engagé ! Œuvre rare et enchanteur, il serait dommage que je sois passée à côté.


En bref
Apprécié
Non-apprécié
   - Science au fin du 19e siècle et dérivations sociétales qui sont contemporaines
           - Huis clos de la 1ere partie
          - Ambiance inquiétante de la seconde partie
-          La 3e partie : trop développée par rapport aux autres et moins entrainante que les autres


Extrait
« Aujourd’hui, je quitte pour toujours cette région où je suis née et où j’ai passé mes seize premières années. Je m’enfuis de ce lieu maudit où j’ai failli mourir lynchée. J’ai franchi une première épreuve en traversant la ville sans me faire repérer. Je suis maintenant dans la diligence qui m’éloigne un peu plus à chaque seconde du danger. Mais tout n’est pas encore gagné. Ces gens qui ont pris place à côté de moi et que je n’ai js vus auparavant me mèneront peut être à ma perte si je n’y prends pas garde. Je ne dois laisser rien transparaitre du drame que je vis. L’image de mes parents m’obsède. »


A savoir

Je ne pense pas qu’il y ait un tome 2 ; la fin de ce livre se suffisant à elle-même, je penche pour un one-shot.