jeudi 20 avril 2017

La sirène



 
Auteur : Kiera CASS
 
Prix : 18€
 
Edition : Robert Laffont (collection R)

Résumé

UNE FILLE AU LOURD SECRET.

LE GARÇON DE SES REVES.

UN OCEAN LES SEPARE.

Kahlen est une Sirène, vouée à servir son maître l'Océan en poussant les humains à la noyade. Son arme ? Une voix fatale pour qui a le malheur de l'entendre... et qui l'oblige à se faire passer pour muette lorsqu'elle séjourne sur la terre ferme.

Akinli, lui, est un séduisant jeune homme, qui incarne tout ce dont Kahlen a toujours rêvé.

Alors que leur amour naissant leur fait courir un grave danger, Kahlen est-elle prête à tout risquer pour Akinli ?

Mon avis

Tout d’abord, je tiens à adresser tous mes remerciements aux éditions Robert Laffont pour ce service de presse.

Je me souviens à quel point j’avais aimé La Sélection bien que les tomes trop nombreux aient fini par me lasser. Aussi, je tenais absolument à lire ce livre et je ne suis absolument pas déçue ! Déjà, le fait que ce soit des sirènes m’avait à moitié convaincue mais alors que ce soit un one-shot et aussi mélancolique a fini de me convaincre.

Kahlen a 19 ans lors de son naufrage et fait un pacte avec l’Océan pour rester en vie : elle le servira pendant 100 ans avant de retourner à sa vie terrestre totalement amnésique. Quand on nous propose ça ou la mort, on accepte mais 80 ans plus tard, Kahlen compte les années qui la sépare de sa liberté. Et elle devient d’autant plus pressée lorsqu’elle rencontre Akinli… Mais elle a promis un siècle de servitude à l’Océan et celui-ci ne compte pas y renoncer de si tôt.

Honnêtement, je m’attendais à une lecture bien plus niaise mais CASS ne tombe pas dans le piège et transforme la niaiserie en mélancolie. C’est admirable. La lecture est toujours teintée d’amertume et nous rappelle Humaine de Rebecca MAIZEL. Là aussi, l’éternité représente une souffrance et il s’agit plus de lutter contre ce pacte mortifère que de trouver l’amour. Ce dernier n’est qu’une motivation. Les apparitions d’Akinli sont donc rares et attendues. Aussi, l’héroïne n’est pas aussi casse-noix que ce que je craignais ; elle est agaçante mais touchante. Elle sait s’opposer au destin que l’Océan veut lui imposer et on ne peut s’empêcher de la respecter pour cela. Par ailleurs, la trame est assez bien conçue et on a plein de références à La Petite Sirène d’ANDERSEN. Pour les amateurs comme moi, on est vite fan. Le fait que ce soit un one-shot contribue également à nous laisser une bonne impression : un peu comme un conte, on sait qu’il n’y aura pas de suite et on profite donc au maximum de l’intrigue. Voilà donc pour moi une belle lecture qui me réconcilie avec Kiera CASS !

En bref

Apprécié
Non-apprécié
-          Les références à Andersen et à son conte de La Petite Sirène
-          Les créatures présentes
-          La volonté de se battre de l’héroine contre son destin
-          Une temporalité floue dans laquelle on se perdait un peu trop facilement

 

Extraits

« Nous appartenons à l’Océan. Si tu choisis de venir avec nous, tu Lui appartiendras toi aussi. Tu ne vieilliras pas, tu ne tomberas jamais malade. Tu resteras telle que tu es pendant les cent prochaines années. »

 Je m’interromps quelques instants, pour lui laisser le temps de digérer ce message. Je regrette de n’avoir pas été assez attentive à cette partie du discours le jour où Marilyn a fait de moi une Sirène.

 « Pendant cette centaine d’années, tu deviendras une sorte d’arme. Ta voix sera fatale à quiconque l’entendra et tu ne devras le révéler à personne, pour ta sécurité mais aussi pour la nôtre. Lorsque ce siècle sera écoulé, tu récupéreras ta voix et ta vie. En attendant, tu te mettras au service de l’Océan. Tu ne seras jamais seule. Nous veillerons sur toi, et l’Océan aussi.

 — Et ma famille ?

 — Je suis désolée, mais tu ne les reverras plus »

***

Un long voile blanc flotte autour d’elle, sa robe en dentelle est gorgée d’eau de mer. Elle m’observe, le regard vitreux. Cela devait être le plus beau jour de sa vie, pas le dernier. Impossible de dire qui est le jeune marié ; tous les hommes sont habillés de la même façon. Peut-être a-t-il déjà été englouti par l’Océan.

 Soudain, la nausée me gagne. Cette femme avait trouvé l’amour, tout comme moi. Mais aucune de nous deux n’aura droit à son happy end. Bouleversée, j’arrête de chanter.

 Même si mes sœurs poursuivent leur œuvre, mon silence brise le sortilège et la mariée, soudain lucide, se débat dans les flots.

 « Michael ! s’écrie-t-elle. Michael ? » Alors, elle m’implore du regard. J’aimerais détourner le mien, mais j’ai l’impression que la regarder mourir lui rendra sa dignité, d’une certaine façon. Des larmes roulent sur mes joues.

 « Pitié », lance-t-elle d’une toute petite voix qui couvre celle de mes sœurs.

 Spontanément, j’avance dans sa direction. À peine le temps d’esquisser quelques pas : Elizabeth me rattrape, me fait tomber, m’attrape par les cheveux et me foudroie du regard. Je me débats.

 « Lâche-moi !

 — Chante, m’ordonne l’Océan.

 — Chante ! » insiste Elizabeth. Derrière nous, Miaka et Padma persévèrent dans leur sinistre besogne. « Tu ne vois pas que tu aggraves la situation ? Chante. Finis ce que tu as commencé ! »

 Je contemple nos victimes. Certaines s’arrachent progressivement à notre emprise.

 « S’il te plaît, Kahlen, m’implore Elizabeth. Tu nous fais toutes courir un grave danger. »

«  Au lieu de lui obéir, j’implore la clémence de l’Océan. « Sauve-la ! Il y a de la place pour une cinquième Sirène ! »

 « Pas de femmes mariées. Pas de mères. Tu voudrais la condamner à cette vie ? » Il y a du chagrin dans Sa voix.

 Je me tais. Non. Un siècle de meurtres, c’est mille fois plus cruel que quelques secondes de terreur.

 Je blottis ma tête au creux de l’épaule d’Elizabeth et je me remets à chanter. La voix de ma sœur se mêle à la mienne. Je me concentre exclusivement sur Miaka et Padma, dont les visages trahissent un mélange d’émotions contradictoires : compassion, déception, colère, méfiance. Nous chantons jusqu’à ce que s’éteigne le dernier cri, jusqu’à ce que le paquebot sombre au fond de l’Océan. Le silence est tranchant comme la lame d’un rasoir, beaucoup plus douloureux que les hurlements des noyés.

 Miaka, dans une colère noire, m’attrape par les épaules et me secoue.

 « Elle aurait pu te tuer ! Elle l’a déjà fait, pour moins que ça ! Qu’est-ce qui t’est passé par la tête ? Tu as pensé à nous ? »

 Je ne m’attendais pas à cette réaction. Mes sœurs sont censées me comprendre. Elles seules ont les clefs.

 Je ferme les yeux. « Je suis fatiguée de la mort.

 — Nous sommes toutes fatiguées de la mort », rétorque Elizabeth »

***

« Viens jeter ton cœur dans les flots

Ton âme se perd, mais elle en sauve d’autres,

Bois de Mon eau et meurs

Échange ta vie contre mille vies

Viens, bois tout ton soûl

Bois et perds-toi en Moi et accueille la fin à bras ouverts

Bois et accueille la fin à bras ouverts

Tu fais partie d’un tout

Car tous doivent mourir, tous doivent périr

Offre-Moi ton corps

Que ta dernière demeure soit l’Océan

Viens et bois tout ton soûl

Bois et perds-toi en Moi

Bois et perds-toi en Moi »