jeudi 19 janvier 2017

Shadow Land T1

 
Auteur : Kate BRIAN
 
Prix : 16e
 
Edition : Bayard  
Résumé
J'ai ouvert les yeux, et le décor familier de ma chambre s'est précisé peu à peu. C'est alors que j'ai eu un sursaut. J'aurais juré que je n'avais pas fait mon lit ce matin. Pourtant, il était impeccablement fait, les oreillers bien gonflés et les draps pliés au carré, comme à l'hôpital. Et sur le dessus-de-lit en patchwork, une rose rouge. Sur le coup j'ai cru que c'était Christopher qui l'avait déposée en douce. Une petite carte blanche était glissée sous la tige hérissée d'épines. A sa vue, une boule d'angoisse m'a obstrué la gorge. D'une écriture que je ne connaissais que trop bien, les quatre mots suivants, soulignés trois fois, s'étalaient en lettres majuscules : ON SE RETROUVERA BIENTOT.
 
Mon avis
Je connais bien Kate Brian et sa série Campus, aussi, c’est naturellement et avec assurance que je me suis tournée vers ce tome 1 démarrant un tout nouvel univers. Et bien que je ne pensais pas l’auteure capable d’avoir un style aussi grave, j’ai été agréablement surprise. Brian ne nous a pas habitué aux thrillers et maitrise pourtant très bien le genre !
Alors qu’elle rentrait le soir, après ses cours, Rory est agressée par son prof qui se trouve être un serial-killeur. Elle réussit à lui échapper in-extremis et la chasse à l’homme est lancée. Cloitrée chez elle avec sa famille et étroitement surveillée par le FBI, Rory ne devrait plus rien avoir à craindre… Sauf que Mr Nell a juré sa mort et de l’ajouter en tant que 15e victime à son tableau de chasse. Pour les agents fédéraux, la protection des témoins s’imposent et ils envoient Rory et sa famille dans le village de Juniper Landing, connu pour sa monotonie. Le problème est que les signes de la présence de Nell se multiplient en même temps que le village révèle son vrai visage à ses nouveaux habitants.
J’ai particulièrement aimé l’ambiance à la Ravenswood que l’on peine à trouver en litté jeunesse : petit village sinistre, des protagonistes fascinants et des mystères à la pelle. Le tout pimenté par une traque d’un sérial killer. C’est plutôt inédit dans de la jeunesse. Globalement, cette lecture est rafraichissante pour son originalité : un village sinistre mais attachant, des frissons et une ambiance savamment plantée. Bon après ça reste Kate Brian alors on retrouve des éléments teenage avec les triangles amoureux, les mecs canons et les garces. L’auteure a su transposer son univers dans une tonalité dark qu’elle maitrise parfaitement. Comme Rory, on sent que qq chose ne va pas et on cherche la cause. Les indices disséminés au long de la lecture sont placés à des endroits stratégiques et plus on avance, plus on est intrigué par les mystères qui planent La fin est surprenante, bien que l’on s’y attende. Je trouve qu’elle aurait été parfaite sans tome 2, cela dit, je suis ravie qu’il y ait une suite pour que l’on puisse retrouver nos héros.
En bref
Apprécié
Non-apprécié
-          La fin savamment amenée tout au long de ce T1
-          La trame entre thriller et folie
-          L’ambiance et le village
-          Originalité
-          L’héroïne niaise comme Reed
-          Quelques longueurs
-          Un tome 2 pas nécessaire 
 
Extrait
« Il entendit un bruit. Un craquement. Un délicieux frisson le parcourut de la tête au pieds. Il se souleva très légèrement, juste assez pour que la monture métallique de ses lunettes émerge du rocher escarpé derrière lequel il était tapi. A sa vue, il laissa échapper un soupir. Elle était si menue, si ferme, et tellement insouciante. Ses cheveux blonds formaient une lourde tresse. C'était ses cheveux qui l'avait séduit en premier lieu. Si épais, si doux, offrant une si riche variété de nuances dorées. Cette fille n'avait pas conscience de la beauté de ses cheveux. Ni de sa beauté tout court. C'est pour cela qu'il l'aimait. »
***
« La porte s'est soudain ouverte en grand, et Tristan m'est apparu dans toute sa splendeur. Son T-shirt, d'une blancheur immaculée, mettait en valeur son bronzage cuivré et le blond doré de ses cheveux. Lorsqu'il a écarté une mèche de son visage, celle-ci s'est remise en place immédiatement, caressant au passage sa haute pommette. Il m'a regardé avec une expression à la fois chagrinée et résigné. »
 
A savoir
Mon avis sur d’autres livres de Kate BRIAN :
-          Série Campus
 
-          Série spin-off dérivée de Campus : Privilèges
 
Le T2, Hereafter, est sorti en novembre 2016 :
 
SPOILERS
Pour échapper à Steven Nell, redoutable tueur en série, Rory Miller et sa famille trouvent refuge sur Juniper Landing, une île éloignée de tout. Avec son ciel bleu, ses plages de sable blanc et ses aimables habitants, l'endroit ressemble à un petit paradis terrestre. Du moins à première vue... Rory s'aperçoit bientôt que Juniper Landing recèle un terrible secret, et le brouillard tourbillonnant qui y déferle chaque matin se révèle encore plus terrifiant que Steven Nell. Lorsqu'elle découvre la douloureuse vérité, Rory comprend qu'elle ne pourra jamais rentrer chez elle.
 

dimanche 15 janvier 2017

La Vérité sur Alice

 
Auteur : Jennifer MATHIEU
 
Prix : 17E  
 
Edition : PKJ  
Résumé
Alice Franklin a mauvaise réputation. Lors d’une soirée, elle aurait couché avec deux garçons et provoqué la mort accidentelle de l’un d’eux. C’est forcément vrai puisque c’est écrit partout sur les murs des toilettes du lycée.
Tout le monde a son avis sur Alice : son ancienne meilleure amie, l’entourage de la victime, son admirateur secret… Au sujet d’Alice, chacun a sa vérité… Quelle sera la vôtre ?
Mon avis
Je ne sais pas si vous avez vu la vidéo qui est sortie à peu près à la même époque que la parution de ce livre. Elle provient du Danemark (ou un autre pays tout aussi génial) et montre les violences quotidiennes faites aux femmes. Pas de bleus ou de séquelles physiques. Juste des mots que l’on entend tous les jours : salope, connasse, pute. La voix off de la vidéo est celle d’une femme en devenir, qui demande à son père de ne pas participer à ce sexisme quotidien, inconscient et latent. La Vérité sur Alice reprend cette thématique et nous montre le Alice-bashing qui s’opère dans son lycée car celle-ci aurait couché avec deux garçons à une soirée.
Plusieurs points de vue reviennent sur la soirée qui a tant fait parlé le lycée ce lundi matin. Alice se serait fait Brandon et son meilleur ami. Puis, Brandon est mort dans un accident soit disant causé par Alice. Salope pensent les filles. Ses copines se détournent d’elle, il ne fait pas bon rester près de pareille dévergondée. Pute pensent les garçons mais merde, une pute bandante. Et puis paria pense Kurt qui se fiche de l’opinion de tous ces bien-pensants. Et si ces derniers étaient ceux qui avaient le plus de choses à cacher ?
Tous donnent leur avis sur Alice : sa meilleure amie, ses copines populaires, ses soit-disant copains, son admirateur secret. Tous émettent leurs grains de sel sur Alice et seul le dernier chapitre lui donnera la parole. Je m’attendais à ce que les différents points de vue nous retracent cette fameuse soirée où tout a basculé. Mais, en réalité, ces points de vue s’intéressent aux secrets que cachent chaque protagoniste, à l’avant et l’après de la chute d’Alice. Aussi, on a droit à une contextualisation post et pré-soirée qui se croise. Le roman devient alors assez léger et teenage tout en restant profond. L’auteure sait dénoncer le sexisme du Sud des Etats-Unis mais aussi mondial et les problèmes auxquels doivent se confronter les jeunes-filles. Elle parle ainsi de la misogynie ambiante qui commence très tôt : une fille qui couche est une salope et ne doit pas être fréquentée. On apprécie les thèmes difficiles qui sont abordés ainsi que la dénonciation de cet esprit patriarcal tout en restant léger et réaliste. On apprécie également le cynisme de Kurt qui dénonce toutes ces injustices et ces problèmes d’harcèlement. Aussi, même si ce livre n’est pas mon genre favori, je me suis prise à vouloir connaitre la vérité sur Alice. Si vous n’avez rien dans votre PAL, ces 200 pages vous embarqueront ;)
En bref
Apprécié
Non-apprécié
-          Thème peu traité de la violence et misogynie latente qui commence très tôt dans le scolaire
-          Thèmes difficiles : dysfonctionnements familiaux, avortements, couple, harcèlement au lycée
-          Dénonciation d’un esprit conservateur ds les états du Sud des Etats-Unis mais que l’on a tous connu
 
 
Extrait
« Alors ensemble, on s'en est pris à Alice Francklin.
Une moins que rien.
Une garce.
Une meurtrière. »
 

mercredi 11 janvier 2017

Nous autres simples mortels

 
Auteur : Patrick NESS
 
Prix : 16E
 
Edition : Gallimard Jeunesse
Résumé
Et si vous n'étiez pas l'Élu?
Si vous n'étiez pas destiné à être un héros? Celui qui est censé combattre les zombies, ou ce nouveau truc, là, complètement dingue, avec les lumières bleues. Il y a des choses tellement plus importantes que la énième fin du monde! Si vous étiez comme Mikey ? Qui veut simplement avoir son bac, passer ce dernier été avec ses amis et, enfin, embrasser Henna (ou plus). Juste se sentir capable de découvrir l'extraordinaire dans sa vie si ordinaire...
Laissez-vous entraîner à travers le prisme fascinant d'adolescents attachants, avec leurs fêlures et leurs rêves. Récompensé par les prix littéraires les plus prestigieux, auteur de la brillante trilogie «Le chaos en marche», de «Et plus encore», et de «Quelques minutes après minuit», Patrick Ness mêle ici réel et fantastique de façon tout à fait originale. Percutant de justesse et de sensibilité.
 
Mon avis
Tout d’abord, je tiens à adresser tous mes remerciements aux éditions Gallimard jeunesse pour ce service de presse.
 
IREVERENCIEUX et AUDACIEUX
Toujours dans ma volonté de lire les classiques de litté jeunesse, je me suis attaquée à Patrick Ness, véritable incontournable de la littérature jeunesse avec son livre (bientôt adapté en film) Quelques minutes après minuit. J’ai tellement aimé ce livre que j’ai décidé de lire la nouvelle parution de l’auteur : Nous autres simples mortels qui prend le contre-pied de la litté jeunesse : plutôt que de nous montrer des héros qui se battent et qui sont élus, par l’opération du St Esprit ou autre, Patrick Ness se concentre sur la foule qui évolue à côté d’eux. Aussi, alors que de terribles évènements se déroulent, que des adolescents se battent contre des Immortels et que la fin du monde semble proche, l'écrivain décide se tourne vers des ados normaux dont les seuls problèmes sont ceux que nous connaissons à leur âge : l’adolescence, l’amitié et l’amour.
A chaque titre de chapitre correspond un bref résumé de la quête trépidante de ces Elus, les Indie Kids. Ensuite, le chapitre tout entier nous conte quant à lui l'existence normale d'une troupe d'amis. Mikey est amoureux de sa meilleure amie, Henna, souffrant de troubles mentaux dus au stress mais s’est juré d’oser lui avouer son attirance. Il doit faire face à ses sentiments et à son épreuve du bac, aux problèmes de sa sœur et prie pour que son lycée ne soit pas détruit dans la guerre qui fait rage. Heureusement, il n’est pas seul et avec ses amis, ils vont avancer dans les méandres de la vie adolescente.   
Patrick Ness a créé des protagonistes à la fois fragiles et forts, en proie au doute mais qui possèdent la volonté d'avancer. Et avec ou sans pouvoirs magiques, ils nous poussent à l’admiration car plutôt que de se battre contre les Immortels comme les Indies Kids, ils doivent composer avec leurs soucis. Bon, je reconnais que le début est lent à se mettre en place. Ne vous décourager pas si vous êtes perdus dès les premières pages ! Tout n’est pas expliqué de suite et il y a 6 personnages qui traitent des malheurs de l’adolescence : amour, amitié, sexualité, famille, incertitude vis-à-vis de l’avenir, espoir et rêves. Bon, les allergiques au pathos comme moi n’apprécieront que très peu les larmes présentes dans le récit qui évoquait Où est-tu Alaska ? de John Green : Mikey est l’archétype du romantique et Henna est totalement barrée. Mis à part ces deux points négatifs, j’ai continué ma lecture et je me suis surprise à m’attacher progressivement à ces curieux personnages. De plus, Ness traite du mal-être adolescent et il est difficile de ne pas tomber dans le pathos, alors on lui pardonne. Et puis, le retournement de situation de la fin contribue à couper court à cette déferlante de sentiment. Le roman nous captive par son originalité et on ne peut s’empêcher d’aimer ce contre-pieds de la part de l’auteur vis-à-vis des topei de littérature et plutôt que de nous prendre des héros exemplaires, de choisir des humains aux failles proches des nôtres. La parabole est simple, l’auteur nous peint le passage de l’enfance à l’adolescence et on ne peut que revivre ou réfléchir à cette mini- fin du monde que chacun a dû/doit vivre.
 
En bref
Apprécié
Non-apprécié
-          Roman de société : anorexie, mal-être adolescent, pbs mentaux
-          Le retournement final
-          Le contre-pied pris par l’auteur dès le début de traiter des gens normaux dans une guerre fantastique.
-          Des personnages à la John GREEN : un peu trop perchés et marginaux
 
Extrait
« Et même si personne ds ma famille ne sera l’Elu ou le Phare de la Paix ou je ne sais quel autre truc tordu qui ns tombera dessus le prochain coup, je ss sûr qu’il y a bcp plus de gens comme moi et que d’indie Kids affublés de noms pas possibles et qui ont des destins avec un grand D (mais là je suis méchant, parce qu’ils sont souvent plutôt sympas, les indie kids, seulement… ils forment un clan et ils n’en démordent pas) »
 
A savoir
Et puisque je tape dessus, Qui es-tu, Alaska ? de John Green :  http://lecturesdunenuit.blogspot.fr/2014/06/qui-es-tu-alaska.html
 

samedi 7 janvier 2017

Quelques minutes après minuit

 
Auteur : Patrick NESS
 
Prix : 25E (le roman original et les secrets du film)
Existe en poche (folio) à 8E
 
Edition : Gallimard Jeunesse  
Résumé
Depuis que sa mère a commencé son traitement, Conor, treize ans, redoute la nuit et ses cauchemars. A minuit sept, un monstre vient le voir, qui a l'apparence d'un if gigantesque, quelque chose de très ancien et de sauvage. Mais pour Conor, le vrai cauchemar recommence chaque jour: sa mère lutte en vain contre un cancer, son père est devenu un étranger, et il est harcelé à l’école. Au fil des visites du monstre, l’adolescent comprend que son vrai démon est la vérité, une vérité qui se cache au plus profond de lui, terrifiante.
 
Mon avis
Tout d’abord, je tiens à adresser tous mes remerciements aux éditions Gallimard jeunesse pour ce service de presse.
 
Je vous l’ai dit, il est temps que je lise les classiques jeunesse et Quelques Minutes Après Minuit en fait partie. Patrick Ness est connu pour son originalité et après l’avoir lu, je ne peux pas le nier.
La mère de Conor est gravement malade depuis quelques années mais ces derniers temps, la maladie semble avoir gravit des échelons. Mais pour Conor, il ne fait aucun doute que sa mère va surmonter sa maladie. Il se met alors à faire des rêves étranges ainsi qu’un pacte : un étrange homme fait de bois vient lui raconter 3 histoires quelques minutes avant minuit et à la fin de ces trois histoires, Conor devra lui aussi en raconter une.
Le roman a la structure et la narration d’un conte de fées à l’ancienne, c’est-à-dire avec des évènements et un dénouement tragiques. De même, les histoires traitent de meurtre et de pouvoir. Bref, pas les sujets habituels que la littérature pour les 9-13ans met au centre. Patrick Ness réussit également à traiter des problèmes contemporains que l’on rencontre doit affronter un jour dans sa vie : la mort d’un parent, le deuil, le cancer, le divorce, l’abandon parental… Et pourtant, tout cela sans la moindre larme ou pathos. Le livre est puissant et nous transporte dans l’univers de Conor. Ce dernier ne nous est pas décrit et ne possède pas les attributs des garçons de 13ans, il a une maturité étonnante et des réactions telles que l’on pourrait en avoir. L’identification au personnage est donc complète et rend le roman encore plus émouvant. La fin est tellement réaliste que nous sommes littéralement transposés dans la situation de ce pauvre Conor. De plus, les illustrations sont réellement magnifiques et nous plongent dans l’atmosphère du livre : toutes noires et esquissées à grands coups de crayons, elles collent parfaitement à l’ambiance du livre. De plus, elles ne stimulent l’imagination tout en nous faisant rentrer efficacement dans l’intrigue. Ce roman est destiné à un public junior et est une véritable parabole pour apprendre le deuil mais elle ravira également le public plus âgé car Ness retranscrit parfaitement nos sentiments face à cette épreuve pour en faire un livre percutant et bouleversant.
 
En bref
Apprécié
Non-apprécié
-          Les illustrations qui collent parfaitement au texte et l’enrichissent d’une tonalité sombre et inquiétante
-          L’intrigue : 3 contes, l’apprentissage de la vérité et de la mort
-          Le personnage avec qui il est facile de s’identifier
-          Les thèmes d’apprentissage nécessaires à l’enfant : deuil, famille, maladie
 
 
Extrait
« Conor cligna des yeux. Plusieurs fois.
- Tu vas me raconter des... histoires?
- Absolument, répondit le monstre.
Conor regarda autour de lui, incrédule
- Mais... en quoi est-ce un cauchemar?
- Les histoires sont les choses les plus sauvages de toutes. Quand tu les libères, qui sait ce qu'elles peuvent déclencher, gronda-t-il. Les histoires chassent et griffent et mordent. »
 
A savoir
Un film adapté de ce livre est sorti le 7 janvier, voici la bande-annonce : https://youtu.be/y5SGHWm5z9A